
QARAQOSH : Cette
petite ville, située dans
la Plaine aride de Ninive, a vu
sa population augmenter de 50
% depuis l’année
2003, date de l’intervention
américaine en Irak. De
30.000 habitants elle est passée
à 45.000 environ. La plupart
des déplacés sont
les chrétiens et les musulmans
persécutés de Bagdad
mais surtout de Mossul, ville
située à une vingtaine
de kilomètres de la ville.
Même les plus irréductibles
des Qaraqoshiens envisagent sérieusement
de quitter leur terre. «
Il est dit dans notre religion
que si la porte d’une maison
se ferme devant toi, tu dois aller
vers la suivante. Alors pourquoi
devrions-nous vivre en Irak, si
on ne veut pas de nous ici ? »
disent les jeunes. A l’université
de Mossul, la totalité
des 1.200 étudiants chrétiens
est partie, fuyant les menaces.
Ils attendent d’intégrer
des universités au Kurdistan,
à Erbil, qui accepteraient
d’en prendre une centaine
à ce jour. Les autres attendent
un visa pour l’étranger
et restent cloîtrés
chez eux, à Qaraqosh.
Les Chrétiens d’Irak
étaient environ 800.000
avant 2003. Ils ne seraient plus
que 400.000 aujourd’hui.
Ils ont historiquement toujours
vécu à Bagdad, et
dans le nord du pays (à
la frontière turque) au
Kurdistan, et dans la plaine de
Ninive (autour de la ville moderne
de Mossul). Cette ville d’environ
2 millions d’habitants,
composée ethniquement avant
2003, pour moitié de sunnites
et de kurdes, s’est vidée
de la moitié de sa population
kurde, elle aussi massacrée
quotidiennement. Les chrétiens
qui ne composaient qu’une
minorité dans cette ville
ont quasiment tous fui devant
la menace et les actes barbares.
Les déplacés vivent
dans une zone pour l’instant
« no man’s land »
entre les Kurdes du nord et les
sunnites du sud. Une situation
qui semble plus ou moins convenir
à tous, les chrétiens
formant un rempart entre les deux
communautés arabes et kurdes,
pourtant toutes les deux musulmanes
sunnites, mais qui ne s’entendent
pas et ne peuvent se côtoyer.
La communauté chrétienne
est divisée en deux : les
Syriaques et les Chaldéens*.
Les syriaques souhaitent la création
d’un état autonome
rattaché à Bagdad.
Les chaldéens seraient
plus enclins à être
rattachés au Kurdistan,
région respectueuse de
leur minorité et qui assure
leur protection. Pour l’instant,
la population de Qaraqosh est
protégée par l’armée
Irakienne, financée par
le gouvernement kurde. Une ceinture
de sécurité (dunes
de terre) entoure la ville, afin
d’éviter les voitures
des terroristes. Mais les chrétiens
sont fatigués de se retrouver
entre deux feux, arabes et kurdes.
La ville est devenue le cimetière
des victimes des attentats d’Irak.
Pour le Père Nageeb, prieur
des Dominicains de Mossul, aujourd’hui
réfugié à
Qaraqosh, il s’agit aujourd’hui
d’un « génocide
», dès lors qu’il
y a une volonté d’extermination
d’un peuple pour son appartenance
religieuse. Les personnes qui
fuient abandonnent en général,
dans la panique, tous leurs biens,
et leurs maisons sont aussitôt
pillées. Un départ
sans espoir de retour. «
N’achetez rien aux chrétiens
parce que bientôt nous aurons
tous ce qui est à eux,
gratuitement » a lu et entendu
le père Nageeb dans Mossul.
Le premier jour de mon séjour
à Qaraqosh a été
marqué par l’égorgement
de deux frères chrétiens
dans les rues de Mossul, et le
lendemain, nous avons appris la
découverte du corps torturé
de Clémentine, médecin
kidnappée trois jours auparavant
dans la même ville…
Devant mon étonnement face
à cette résistance
passive des chrétiens,
le père Nageeb répond
: « Les croisades, c’est
fini. Nous sommes d’ailleurs
légitimes sur notre territoire.
D’autre part, si nous résistons,
nous serons dès lors considérés
comme des combattants, et l’Occident
ne nous soutiendra pas. Enfin
et surtout, nous suivons la voie
du Christ ».
Domitille Lagourgue Novembre
2010
* Note :
Les chrétiens d’Irak
ou Assyriens, sont divisés
en deux églises : Les chaldéens
(catholiques, majoritaires) et
les Syriaques (orthodoxes, parlant
la même langue que les Chaldéens,
l’Araméen, la langue
du Christ)
