Offrez aux enfants d’Orient un Noël digne de nos origines !

Chers amis,

Voici quelques nouvelles de nos missions en Orient dont je reviens, juste avant la chute d’Alep et l’accès encore problématique de l’aide humanitaire aux habitants de cette ville martyre…

En pénétrant dans Damas, la capitale de la Syrie, on ressent un véritable soulagement de découvrir que la ville est bien identique à celle traversée des années auparavant, avant la guerre. Pas une pierre tombée ni déplacée dans cette ancienne cité continuellement habitée depuis le Néolithique. Des jeunes filles voilées boivent le thé et fument le narguilé en fin d’après-midi, attablées à la terrasse Al Nawfara au pied de la Mosquée des Omeyyades.

Dans la Chapelle Saint Ananie, où saint Paul recouvra la vue, des séminaristes chantent le Notre Père en araméen. Des bus déversent leur flot de pèlerins chiites d’Iran et du Liban qui viennent se recueillir devant le tombeau de Sayeda Zeïnab, la petite fille de Mahomet. Les religions se croisent, cohabitent. Comme autrefois.

Avec quelques nuances… le bruit sourd et épisodique des obus que s’échangent les rebelles (depuis leur quartier de Douma, au nord-est de Damas) et l’armée régulière, provoquant leur lot de victimes ; l’attente interminable pour obtenir un rendez-vous chez le médecin, quand 70.000 d’entre eux sont partis se réfugier à l’étranger ; mais aussi la paupérisation des Damascènes (les sanctions, les prix multipliés par dix depuis la chute de la livre syrienne, engendrant marché noir et corruption) et son corollaire, la faim qui tenaille les deux millions de déplacés de Syrie (d’Alep, de Lattaquié, de Homs, d’Idleb…) venus chercher refuge dans la banlieue de la capitale. Des familles misérables survivent dans des pièces insalubres de dix mètres carrés. Elles ont perdu leur maison, leur cheptel, leur travail, leurs racines villageoises et dorment aujourd’hui sur des valises, dans l’attente d’un repas par jour, composé trop souvent de quelques morceaux de pain.

Pour eux, le Père Khalil, de la communauté des Lazaristes, et notre équipe locale distribuent actuellement des vêtements chauds, de la nourriture, de l’argent. Notre soutien est destiné à ces enfants dont les familles sont trop pauvres pour demander un visa pour l’étranger, pas assez éduquées pour prendre en main leur destinée, ou peut-être aussi parce que, malgré tout, elles demeurent soumises à cet amour toujours brûlant pour leur pays. J’ai vu des étudiants Damascènes chanter la nuit, en français, en arabe, en anglais, et hurler leur passion pour leur ville “qu’ils ne quitteront jamais, jusqu’à la mort ! ”. Comme un défi. Mais aussi comme une thérapie. Pour tenir…


À quelques kilomètres à l’ouest de Damas, au Liban, dans la Plaine de la Bekaa, Soeur Amira, notre correspondante, éduque avec ténacité les enfants réfugiés de Syrie, dans le centre que Mission Enfance a créé il y a huit ans, dans le village de Deir Al Ahmar. Déscolarisés depuis trop longtemps, 400 enfants syriens trouvent dans notre centre une éducation digne d’une école libanaise.

Ils reçoivent attention, écoute, soins psychologiques, orthophoniques… Les mères libanaises et syriennes reçoivent des cours de conscientisation médicale et psycho-sociale conduits par des gynécologues, des assistantes sociales et des psychologues. Des formations professionnelles sont dispensées en couture, esthétique, anglais, électricité… Afin de répondre au mieux à ces êtres désemparés, loin de leur sol, et augmenter la capacité de notre centre nous lui ajoutons un étage supplémentaire doté de nouvelles salles de classe. Parmi les tentes disséminées dans la plaine, quelques adultes travaillent dans les champs, dans l’attente d’un retour qui tarde… D’où l’importance d’éduquer leurs enfants. C’est pour cette génération de demain que nous devons agir aujourd’hui.


De l’autre côté, au coeur de la Mésopotamie, dans la Plaine de Ninive en Irak, le désarroi s’est emparé des familles chrétiennes déplacées au nord du pays, à Ankawa. Les deux terribles années passées dans les camps n’étaient que les prémices à leur déconvenue en découvrant leurs villages libérés. Pendant qu’à Ankawa, dans le récent centre Babylone, reconstitution de la Porte d’Ishtar, les déplacés chantent le “retour” vers leurs terres, les plus impatients repartent voir leur maison…

À Qaraqosh, tel un décor de cinéma, les maisons de grès rose demeurent droites, presque intactes. Les herbes folles sur les trottoirs, le silence pesant, l’absence des oiseaux, le canon qu’on entend au loin, donnent à l’atmosphère cette anormalité des villes abandonnées. Partout sur les murs, des menaces en arabe “Nous reviendrons”, des signatures arabo-européennes “Abou Norveji”… Et derrière les grilles de ces maisons ouvertes au vent, aux serrures fracassées, chacun fait face à une apocalypse intérieure, à sa mémoire violée. Les plus chanceux pénètrent dans des maisons dévastées, pillées, avec une mise en scène savamment orchestrée par les récents occupants djihadistes. En inspectant sa chambre, une Qaraqoshienne est même menacée par un djihadiste armé, toujours caché dans son placard.

Ailleurs, sur un tas de vêtements, un crâne humain trône comme une provocation. La cuisine est remplie de la terre remontée du tunnel creusé dans le salon. “Ce sont les femmes et les enfants yézidis, esclaves du Daesh, qui devaient faire cette corvée”, s’attriste Yalda, mon accompagnateur, “mais, pour les tunnels plus importants, comme celui qui conduit à Mossul, à 30 kilomètres d’ici, les djihadistes utilisaient des foreuses occidentales”. Quelques tunnels, équipés de ventilateurs, d’électricité, surgissent dans la rue, dans les cours, sans logique apparente. Les câbles des générateurs courent loin des maisons occupées par Daesh, protection contre les repérages aériens. Et les mines toutes plus judicieusement placées… Bravant cette entreprise du mal, les chrétiens fouillent chaque pièce, à la recherche d’un album, d’une photo, d’un souvenir qui les ramènent à leur réalité passée.

Quant aux églises de Qaraqosh, elles sont quasiment toutes brûlées de l’intérieur. “Même Gengis Khan n’aurait jamais commis un tel crime”, se désespère le Père Nageeb, dominicain, devant les cendres de son couvent et l’autodafé perpétré dans sa cour. Ces visiteurs de quelques heures repartent effondrés, malades, suffoquant à cause des émanations toxiques des incendies. Abasourdis, tous s’interrogent “Que s’est-il passé chez nous ?.

La pilule est si amère pour ces chrétiens que nombre d’entre eux relancent leur demande de visa. Devant sa maison dévastée, une femme pleure “L’exil me tuera. Ô mon peuple, aide-moi à vivre la joie du retour vers Bakhdida (Qaraqosh) ma bien-aimée ! ”.

En attendant, Mission Enfance soutient les camps de déplacés d’Ankawa (Al Karma, Al Amal) en finançant le transport quotidien des étudiantes vers leur université de Kirkouk, à cent kilomètres de là.

Syriens, Irakiens, tous partagent sincèrement le même amour pour leur pays, tous sont profondément attachés à leurs racines, à leur terre. Plus que jamais nous devons les soutenir et leur permettre de rester chez eux. Mais pour cela, nous avons besoin de votre aide de toute urgence.

Offrez à ces enfants d’Orient
un Noël digne de nos origines !

Recevez, chers amis, toute ma reconnaissance et mes vœux les plus vifs.

Domitille Lagourgue
Directrice de Mission Enfance

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400 élèves yézidis rejoindront bientôt nos deux écoles de Hadiqa et Chuorka construites par notre association en partenariat avec le Centre de Crise et de Soutien (MAE France) dans la région de Sinjar, en Irak.

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